Posté 08 juillet 2010 - 10:13
« - J’ai été, mais je ne suis plus ! »
Voilà finalement tout ce que put répondre Arzeron.
Les questions enchainées du Thäal et la remarque de Velthir eurent un étrange effet sur le damné, qui se laissa rattraper par un passé arrivant sur lui comme un déluge suffocant, imparable, irréfutable. Les visages d’autrefois défilèrent dans sa tête, pour former un enchainement douloureux et incompréhensible. A travers ces époques et ces personnages, il avait eu un but, une raison d’être. Il s’était évertué à croire qu’il se fichait de tout, et de lui-même, mais une partie de son amour propre était resté au fond de lui, attendant le moment. Attendant l’instant où il pourrait surgir pour frapper violemment Arzeron, profitant de la baisse de régime de sa colère et de sa haine. Il avait tenté, malgré lui, de fuir ses passés, sa mémoire. Il croyait y être parvenu. Il n’en était rien.
Sur l’instant, il resta silencieux. Le visage d’Athréhïus lui apparut distinctement. Celui d’Aïsis aussi. La folle délurée comme il l’appelait. Ces êtres avaient des convictions. Des valeurs. Lui n’en avait plus, mais s’était efforcé, sans comprendre pourquoi, à les servir. Puis il y avait ce Thäal. Cet être grossier aux yeux d’Arzeron qui ne bavait que pour son propre sort, sa propre assiette. Il le haïssait, c’était une évidence. Pourtant, il ne comprenait pas réellement pourquoi. Un rejet misanthropique, fruit de sa vie misérabiliste.
Il y avait cependant un point qu’Arzeron n’allait pas laisser passer. Le Thäal voulait faire passer le damné pour un ignorant bonimenteur. Cela, il ne pouvait l’accepter. Une verve retenue parla pour lui, même si la lassitude le faisait plus que trainer les pieds.
« - Je suis Arzeron, grand serviteur de son seigneur Athrehïus, et de son Impératrice Aïsis. Des noms qui ne doivent rien vous dire, à vous et votre bande d’ignares. J’ai été à leur service pendant bien des années. Je n’ai aucune seconde identité. Et s’il y a bien une chose pour laquelle je pouvais avoir un talent, c’était de voir. Et aujourd’hui encore je vois tout, j’observe tout. Vous me croyez menteur, ou baratineur. Je sais bien des choses. Je sais vos conflits aves les terres de Skykahos-Veg-Nagun. Un joli spectacle mélodramatique. Je sais vos acharnements, avec vos amis, sur les terres d’Azriel, qui visiblement, n’a pas le droit de répondre aux sinistres attaques qu’elle reçoit régulièrement. Un juste équilibre me direz-vous. Juste équilibre de quoi ? Je suis surtout aujourd’hui, étonné de voir ainsi les grands Thäals aussi silencieux laisser s’exprimer des conquis bien bavards, et bien entreprenants. Un bordel sans nom. Alors oui, je ne représente plus personne ! Maintenant ! Vous pouvez disposer de votre force sur moi si ça vous chante ! Je ne rivaliserais pas, c’est certain, mais je doute que cela puisse m’éliminer ! Etant déjà mort ! Mais pas enterré ! »
Au fond de lui, Arzeron sentit une brise lui caresser l’esprit. La brise de la nostalgie. La brise qui lui rappelait, comme l’avait sous entendu Velthir, qu’il n’était plus qu’un reliquat du passé. Un être sans valeur, sans saveur, qui ne représentait plus que les vieux vestiges que plus personne ne voulait porter. Un vieux con nostalgique qu’il n’avait jamais voulu être, ni devenir.
« - Si cela quelqu’un pouvait m’effacer une bonne fois pour toute, termina-t-il. Ces infâmes mouches me dévoreraient, je n’aurais plus à porter le poids d’une existence futile, et stérile. Plus à supporter un monde remplis d’abrutis. Ni une alliance pétant plus haut que son cul, ni des thäals pseudos justiciers, ne défendant que leur propre sort sous couvert de je ne sais quel valeurs. Et vu le souk que vous faites, difficile de vous éviter. Des voisins bien bruyants ! Je suis peut-être une relique du passé ! Mais vous êtes tous les fruits du passé.»